L’intestin, c’est notre deuxième cerveau, pourquoi ? C’est simple, il contient beaucoup de neurones, plus de 100 millions (principalement dans l'intestin grêle et le côlon), autant que dans la moelle épinière, rien que ça et ils forment le système nerveux entérique. Le système digestif est donc le 2ème organe après le cerveau en termes de nombre de neurones. C'est un des maillons phares de notre santé globale.
On s’en doutait déjà avec toutes les expressions de notre langue « ça me reste sur l’estomac ! » ou « avoir la peur au ventre ! ». Ces deux cerveaux vont donc communiquer, et dans les deux sens, encore faut-il que tout fonctionne bien pour optimiser cette communication et la transmission des signaux au cerveau.
C’est un véritable périphérique qui relie nos deux cerveaux : la voie nerveuse et la voie humorale (par le sang) sont utilisées.
Tout d’abord au niveau nerveux, il y a un lien entre ce système nerveux entérique (du tube digestif) et le système nerveux central (du cerveau), ils fonctionnent de concert et forment de véritables réseaux denses dédiés à la digestion. C’est pour cela que juste en regardant un bon petit plat, on a déjà l’eau à la bouche par exemple.
C’est ce qu’on appelle la phase céphalique… Ça veut tout dire ! La digestion s’active, l’innervation joue alors un rôle déterminant pour l’activité motrice et sécrétrice du tube digestif. Cela soutient une activité neuronale constante entre les deux cerveaux. C’est grâce au nerf vague, nerf du système parasympathique, que la digestion se met en route.
Au niveau humoral, il y a une circulation d’hormones, de neurotransmetteurs, de messagers de l’immunité (les cytokines) et plusieurs autres molécules dans le sang, notamment fabriquées par notre microbiote intestinal (AGCC : acides gras à chaîne courte). Tout cela se fait sans que l’on s’en rende compte, la magie de notre physiologie opère…
Il y a quand même une police sur ce périphérique : la barrière intestinale et la barrière hémato-encéphalique pour le cerveau. Notre barrière intestinale est composée de 4 éléments : le microbiote (la flore intestinale), un mucus protecteur, des cellules jointes (entérocytes), le système immunitaire (le GALT : Gut Associated Lymphoid Tissue ).
En effet, c’est une porte d’entrée entre l’extérieur d’où arrivent nos aliments et l’intérieur de notre organisme. Le cerveau lui a besoin d’une protection supplémentaire avec la barrière hémato-encéphalique pour faire barrage aux indésirables qui circulent dans le sang. Le carré VIP (notre cerveau) est une vraie forteresse.

De nombreuses études scientifiques ont montré que les troubles de l’humeur, le stress, l’anxiété et de nombreuses maladies neurologiques (la dépression, le trouble du spectre autistique, le trouble de l’attention, les maladies de Parkinson et d’Alzheimer …) peuvent trouver leur origine dans le dysfonctionnement de l’axe intestin-cerveau.
En effet, le microbiote joue un rôle important grâce à ses bactéries bénéfiques qui régulent l’équilibre intestinal, d’ailleurs on devrait appeler l’axe microbiote-intestin-cerveau ! Par exemple, un déséquilibre du microbiote appelé dysbiose avec une prolifération d’espèces bactériennes qui libèrent leurs endotoxines de leurs membranes (les LPS : lipopolysaccharides) dans la lumière intestinale peut provoquer une endotoxémie responsable notamment de neuroinflammation.
D’ailleurs, nombreuses sont les études cliniques lancées sur l’effet de la transplantation fécale (TMF) sur les pathologies citées plus haut. Il s’agit d’une sorte de greffe d’un microbiote sain à un patient dont le microbiote est altéré, dans un objectif thérapeutique.Le syndrome de l’intestin irritable, pathologie multifactorielle symbolisée par des troubles digestifs fonctionnels, est également appelé trouble de l’interaction intestin-cerveau. Plusieurs patients ayant cette pathologie ont également des troubles anxieux voire des dépressions. On voit bien ici le lien entre notre intestin et notre cerveau.
Tout ce qui va nourrir la barrière intestinale, va contribuer à améliorer cet axe intestin-cerveau. Donc ce qui va nourrir le microbiote, les cellules intestinales, le mucus et le système immunitaire : le GALT.
Dans un premier temps, il convient d’apporter assez de protéines qui sont composées d’acides aminés, car tout ce petit monde marche à la protéine donc autant amener la matière première ! Nos cellules immunitaires sont des protéines. La glutamine (un acide aminé) va nourrir les cellules intestinales et le mucus, composé notamment de glycoprotéines, encore des protéines.
Le microbiote, lui marche surtout aux prébiotiques : les fibres, mais aussi polyphénols, oméga 3… On va donc chercher à être des hôtes accueillants en privilégiant une alimentation diversifiée, riche en végétaux, légumineuses, oléagineux notamment.
Il va ainsi produire des molécules intéressantes dont le GABA (Acide gamma-aminobutyrique) qui est un neurotransmetteur ayant un effet anxiolytique par sa capacité à inhiber le système nerveux central. Son rôle est important également dans la stimulation du nerf vague.
On peut également amener ponctuellement des probiotiques avec l’alimentation pour réguler l’activité du microbiote et aider à rétablir un éventuel déséquilibre appelé dysbiose. Les aliments fermentés sont des bonnes sources de probiotiques (fromage, yaourt, légumes lactofermentés, kéfir, pain au levain…).
Le bouillon d’os est aux premières loges pour améliorer l’axe intestin-cerveau.
En effet, c’est tout d’abord une excellente source de protéines. Il contient notamment du collagène, une protéine qui va aussi servir de prébiotiques, la nourriture préférée du microbiote. Celui-ci va ainsi pouvoir sécréter des AGCC, acides gras à chaîne courte comme le butyrate qui va stimuler le nerf vague et donc la communication entre l’intestin et le cerveau.
La richesse du bouillon d’os en glutamine va permettre de nourrir les cellules intestinales et donc renforcer la barrière intestinale également.
La glutamine est aussi le précurseur du GABA, vu plus haut pour ses qualités anxiolytiques. Un beau cocktail de molécules nécessaires à nos deux cerveaux mais pas que : le bouillon d’os contient également du gingembre, une plante qui stimule la motricité du tube digestif, de quoi améliorer la vidange gastrique et donc la digestion haute.
Il contient également deux aliments pour aider à réguler la flore intestinale : le miso, une pâte fermentée à base de soja, donc un aliment fermenté contenant des probiotiques et du Shiitake, un champignon prébiotique qui va contribuer à l’équilibre du microbiote.
Enfin, au-delà de l’alimentation, c’est aussi l’ensemble de notre mode de vie qui influence directement l’axe intestin-cerveau.
Céline Bernard - Nutritionniste Diététicienne spécialisée dans les troubles digestifs.
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